sur le lieu de fabrique

Premières représentations du nouveau spectacle collectif de la Compagnie OCUS

sur le Val d'Ille-Aubigné, lieux et horaires à définir

 

J’AURAIS PAS FAIT COMME CA

 

 

Note d’intention

 

J’AURAIS PAS FAIT COMME CA
Une phrase tant de fois pensée, émise du bout des lèvres, balancée avec véhémence ou articulée avec pincettes. Une phrase typique de collectif, de tribu, de famille, de groupe. Une phrase qui fait grincer des dents et qui ne fait pas toujours avancer le shmilblick. Faire avec les autres, ça n’est pas si simple. En cette ère où l’on donne son avis sur des forums, où l’on se note entre nous, où l’on prend position sur tout, tout le temps, est-ce qu’on sait encore se retirer, se retenir, suivre. Savons nous encore nous laisser surprendre, nous laisser mener.

La Compagnie OCUS a bientôt 20 ans. 20 ans de réunions, de chargements de camions, de montages de chapiteaux, de mises de grandes tablées, de déchargements de camions, d’élaboration stratégique etc. Et bien sûr, on n’aurait jamais fait comme ça. Et la phrase sort. Pas toujours, sinon ça n’aurait sans doute pas tenu... Mais elle est là, toujours, dans le gène de chacun des individus qui s’est laissé sculpté par ce groupe pendant une sacrée tranche de vie. Alors le p’tit noyau dur qui est là depuis toujours a décidé d’aller creuser un peu, de gratter ce qui nous tient et nous retient dans le faire ensemble. Parce que ça en dit long et parce qu’il vaut mieux en rire. Et parce qu’en ces temps de peur et de repli sur soi, il nous paraît urgent de rendre hommage à la Tentative et aux élans collectifs.

En novembre 2021, les 5 protagonistes participent à un « Chantier nomade » au CDN d’Orléans aux côtés du Raoul Collectif, compagnie belge de renom. On y (re)teste l’écriture collective. On y raconte notre histoire. Et face à la ques- tion posée : « J’aurais pas fait comme ça mais j’aurais pas fait quoi ? » On a réinventé un « phalanstère » à notre sauce, un espace de liberté sur mesure qui mélange le travail, les valeurs, la fête, les enfants, les volontés politiques et le quotidien. On se frotte à ce rêve, et on le traverse à différents âges.

Les retours sont bons, les perspectives excitantes. On plonge alors dans l’aventure.

 

Je voudrais porter un toast à celle que je ne suis jamais devenue à force de me frotter à vous. 

À celle que vous avez chiffonée entre les lignes de vos désirs.
À celle que vous avez empêchée de grandir.
À celle qui n’a jamais su prendre le large sans pour autant prendre racine.

Je voudrais porter un toast à nos négociations permanentes, à nos lendemains qui chantent faux
à nos illusions perdues.

Vous m’avez comprimée, vous m’avez déroutée, censurée, affaiblie.
Vous m’avez sculptée avec tendresse et vous m’avez aiguillée de force. 

Mais on marchait dans la même direction. Le flanc collé à ceux des autres. 

Ouvrant des brèches sauvages dans l’implacable indifférence.

C’était pas comme on l’avait dit autour du feu de camp quand on a mêlé nos sangs.
On avait pourtant tout écrit dans la charte, pas d’histoire d’argent, pas d’histoires de cul. 

Savoir se laisser partir quand il est venu l’heure. Ne jamais compter, pointer.
Passer un coup d’éponge derrière, chacun lave son assiette,
C’est celui qui fait qui décide, c’est celui qui décide qui fait.
Mais y’a les autres qui s’en sont mêlés.

On a tâtonné dans le brouillard en se cherchant du regard.
Et en y trouvant la petite loupiote allumée qui nous avait guidée jusqu’ici, on aurait pas fait comme ca.
Mais on l’a fait quand même.
On a fait ce qu’on a pu.

 

Écriture et jeu : Benoit Bachus, David Bourthourault, Camille Cervera, Anna Hubert, Claire Laurent, Yann-Sylvère Le Gall